Petit bilan de l’année 2022

2022 a été à la fois l’année la plus dure et la plus contradictoire de ma vie. Pour tout vous dire, je la termine en arrêt maladie pour burnout.
Comment une année peut-elle a ce point être aussi compliqué à vivre et en même temps vous offrir autant de moments incroyables ?

En Janvier, bébé avait deux mois, j’étais en fin de congé maternité et j’allais enchainer avec quatre mois de congé parental.
Un congé parental que j’ai savouré, qui m’a permis d’allaiter exclusivement bébé et de rester dans notre bulle quelques mois de plus.
Mais pendant ce congé, j’ai connu aussi une des pires périodes d’angoisse de ma vie à l’idée de reprendre mon travail d’infirmière. J’ai littéralement angoissé pendant quatre mois, comptant chaque jour comme s’ils me rapprochaient de la fin de ma bulle, de ma relation à mon bébé, de mon allaitement.
Tellement d’angoisse que j’en suis arrivée à en parler avec ma sage-femme et le médecin de bébé. Ma sage-femme m’a dirigé vers une énergéticienne qui m’a beaucoup beaucoup aidé et je l’en remercie mille fois.
Ces angoisses permanentes auraient dues me mettre la puce à l’oreille, mon corps entier me disait de ne pas y retourner. Mais je n’ai pas écouté et j’ai persisté dans cette idée.

Pendant ces quatre mois, nous avons fait tellement de choses avec bébé : un weekend à Annecy, un séjour à Barcelone, des weekends en montagne avec nos amis, etc…
Nous avons appris à connaitre notre bébé, adorable et en pleine santé, qui faisait tellement de progrès en si peu de temps.
J’avoue que la maternité a été un véritable choc pour moi. Je pensais être prête, je ne l’étais pas. On ne peut jamais l’être.
J’ai appris beaucoup sur moi, sur mon exigence vis à vis de moi-même et des autres. J’ai tout voulu faire parfaitement, comme sur les réseaux sociaux. Je pensais que ce serait facile, que je voyagerais au bout du monde avec mon bébé. Je suis tombée de très haut, la chute a été douloureuse mais maintenant ma maternité est plus simple, plus saine, plus belle.

Quelques semaines avant mon retour au travail, j’ai pris la décision importante que je poursuivrais mon allaitement malgré les horaires décalés, la fatigue et la charge de travail en service. J’ai décidé que puisque c’était mon droit légal, j’allais continuer à donner le meilleur de moi-même pour mon bébé. J’ai contacté ma géniale conseillère en lactation et nous avons établi un plan d’action. Et cela à merveilleusement fonctionné.
C’était épuisant mais j’étais heureuse de me prouver que je pouvais continuer. Et surtout, j’étais incroyablement heureuse de rentrer du travail et de retrouver mon bébé pour nos tétées.
Je tirais mon lait avant de partir travailler, pendant et après mon service. Je devais penser aux quantités de lait à l’avance et tirer en conséquence. Mais je l’ai fait, de nuit ou de jour, de soir ou de matin, je l’ai fait. Et en écrivant ces lignes, je suis terriblement fière de moi.
Petit à petit, bébé a grandi et a diversifié son alimentation. J’ai fini par arrêter de tirer au travail puis arrêter de tirer totalement fin septembre. Nous avons continué progressivement le sevrage et nous avons arrêtés totalement fin novembre. Bébé avait 13 mois.

Et même si je suis très fière de moi et de nous, cela n’est pas allé sans une fatigue constante et grandissante. En ce dernier jour de 2022, les nuits complètes qu’à pu faire bébé se comptent sur les doigts d’une main. Il ne fait toujours pas ses nuits et je n’ai pas dormi 9h d’affilée depuis 14 mois. Et la privation de sommeil est une torture permanente. J’ai pu constaté que j’avais plus de résistance à la fatigue que ce que je pensais. Mais mon burnout est clairement lié à cette fatigue accumulée.
L’épuisement peut vous faire perdre la tête, vous fait vous poser des milliers de questions et vous amène à des décisions parfois terribles. J’ai remis en cause la totalité de ma vie, de mes relations, mis en péril mon couple et ma famille à force de tout vouloir mener de front.
Mais on ne peut pas tout faire parfaitement lorsque l’on est dans un tel état. Alors, j’ai appris à lâcher prise ces dernières semaines. J’ai commencé une thérapie. J’ai mis de coté mes idéaux écologiques, mes espérances de voyage au bout du monde, ma reprise sportive, mes articles de blog et je me suis recentrée sur l’essentiel.
Et quand à la fin d’une quinzaine de nuits, je me suis retrouvée à pleurer au boulot parce que le labo ne voulait pas me techniquer un prélèvement sanguin, j’ai su mais vraiment su ce que je me refusais de penser depuis des semaines : il fallait que j’arrête.

Pour ceux qui ne le savent pas, je travaille dans un service de chirurgie dans un grand CHU. J’y travaille depuis 6 ans. Mais ces 6 derniers mois ont été un véritable enfer. De part ma fatigue et les horaires décalés mais aussi de part la situation critique du système de santé en France. Je prie chaque jour pour que personne de mon entourage ne soit jamais hospitalisé, car clairement, ce qui se passe dans les hôpitaux, c’est une catastrophe.
Nous faisons tous de notre mieux pour prendre soin de nos patients que ce soient les infirmièr(e)s, les aides-soignant(e)s, les médecins, les kinés, les cadres, les diététiciens, les secrétaires et tout celles et ceux qui prennent en charge les patients de près ou de loin. Mais on nous empêche de faire de notre travail décemment.
Il exisite une pression constante pour maintenir des lits ouverts alors qu’il n’y a plus de personnel soignant. On augmente le ratio patients/soignants en permanence avec des patients toujours plus instables et avec des prises en charges toujours plus complexes. J’ai bien demandé à changer de service, j’ai eu pour réponse que je devais attendre qu’il y ait quelqu’un pour me remplacer et que je pourrais au maximum partir en septembre 2023…. spoiler alert : je ne tiendrais pas jusque là.
Pour ma part, j’ai fait de mon mieux depuis fin mai, depuis que j’ai repris le travail en laissant mon enfant. En faisant des nuits, des jours. En soulageant au maximum de mes capacités en fonction de l’énergie qu’il me restait après n’avoir dormi que quelques heures la nuit. J’ai tenu bon en essayant de laisser ma vie personnelle de côté et en restant à l’écoute de la douleur et des terreurs de mes patients.
Mais lors de ma dernière quinzaine de nuit, je ne pouvais plus. Je ne supportais plus les plaintes, je n’acceptais plus les poches qui lâchaient, je ne tolérais plus demandes et les sollicitations.
C’est donc à bout que je suis allée voir mon médecin et elle a eu cette phrase très révélatrice : « vous savez Océane, lorsque l’on est soignant, quand on n’a plus d’empathie, c’est que l’on est en burnout. »
Et ce mot que je refusais de dire parce qu’on peut toujours tenir. Ce mot si implacable est tombé : BURN OUT.
Moi, Océane, je suis en burn out.
Et le reconnaitre est le début de ma guérison.

Alors oui, en 2022, j’ai connu des moments merveilleux mais j’ai aussi beaucoup trop tiré sur la corde. J’ai tenté d’être parfaite et de tout mener de front : mon fils, mon couple, mon métier, mes passions. Et j’ai juste réussi à me perdre.
Je finis cette année avec la gratitude infinie d’avoir trouvé les bonnes personnes sur mon chemin pour me faire ouvrir les yeux, d’avoir un mari qui ne m’a jamais laissé tomber, et des amies d’un soutien incroyable.

Pour 2023, je n’ai pas de grandes ambitions. Simplement de savourer ma vie et pour cela, un changement de travail s’impose. Je savais avant d’avoir un enfant que travailler au CHU serait compliqué en étant parent, que ce n’était pas pour moi. Plein de parents y arrivent merveilleusement bien et je leur tire mon chapeau. Mais ce n’est pas ma voie.
Donc je vais changer, pour ma propre santé mentale et physique mais aussi pour ma famille.

2022, je ne suis pas mécontente que tu te termines enfin. Tu m’en a fait voir de toutes les couleurs mais tu m’as permis de grandir, de me confronter à tout ce que je fuyais depuis des années. Tu m’as fait prendre conscience de ma force mais aussi de mes faiblesses. Je te dois beaucoup car j’ai enfin ouvert les yeux. Je n’ai plus peur.
Je ne sais pas ce que 2023 me réserve mais un peu de repos et de simplicité ne seraient pas pour me déplaire.

Je vous souhaite à tous de terminer cette année avec douceur et amour,
Je vous embrasse et je vous dis à l’année prochaine !


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